Vers la fin des coupes rases en Nouvelle Aquitaine ?

J’ai présenté ce voeu lors de la dernière session du Conseil Régional, le 29 mars dernier. Malheureusement, seul le groupe EELV a voté ce voeu. Nous n’avons donc pas pu obtenir la majorité et le voeu a donc été rejeté… dont acte.

Rappelons que notre territoire est l’une des premières régions forestières d’Europe. A l’échelle de la France,  nous jouissons de 2,8 millions d’Hectares de Forêts, soit 21% de la surface nationale.

Selon l’ONF, les fonctions principales des forêts sont au nombre de 4 :

_une fonction économique avec la production de bois (bois d’œuvre, bois d’industrie, bois énergie) En Nouvelle Aquitaine, la filière représente ainsi 10 milliards de chiffres d’affaires annuels dont 1,6 milliard à l’export ;

_une fonction environnementale car les forêts sont des réservoirs de la biodiversité et une réponse au défi du réchauffement climatique ;

_une fonction sociale car les forêts sont des espaces de nature et de ressourcement particulièrement plébiscité par les citoyens ;

_une fonction de protection contre les risques naturels comme l’érosion, les glissements de terrain, les chutes de blocs, les avalanches.

Il est donc primordial d’avoir conscience des fonctions essentielles de nos forêts et de les préserver.

Une pratique néfaste pour la biodiversité 

Or, les coupes rases massives se développent partout en France. Des forêts sont moissonnées comme des champs de blé par des machines extrêmement performantes, les abatteuses, capables de remplacer entre 8 et 10 bucherons.

Dans nos forêt des landes et du limousin, des hectares entiers sont ainsi dévastés et la surface des sols est scalpée de toute végétation, d’où l’appellation coupe rase. Et la demande accrue en bois énergie, depuis le grenelle de l’environnement en 2007, a multiplié cette pratique.

En effet, le bois utilisé pour la fabrication des pellets (granulés de bois utilisés pour alimenter les poêles à granulés) en Europe, participe à un déboisement progressif et exponentiel. Pour satisfaire la demande, ces pellets ne sont plus fabriqués avec des déchets de bois comme les copeaux, les branches et les résidus des scieries, mais avec des arbres prélevés dans des forêts naturelles. Et cela ne suffisant pas, les forêts du Canada et des Etats Unis sont mises à contribution pour leur fabrication, ce qui rend les poêles à granulés moins vertueuses coté bilan carbone.

Ces coupes rases n’ont pas seulement un impact paysager ou esthétique mais vitale pour les forêts car elles stoppent net le cycle de la biodiversité et dégradent durablement les écosystèmes. De plus, elles contribuent à accroitre les températures des sols.

D’une réponse environnementale de lutte contre le réchauffement climatique, les industriels ont apporté une réponse rentable, en se concentrant uniquement sur la fonction économique des forêts.

Pour stopper ces pratiques,  proposons  une sylviculture respectueuse des processus naturels. La préservation de la biodiversité est une priorité.  Il est important d’encourager, lorsque cela est possible, des modes  de production plus respectueux de l’écosystème forestier.

Une pratique encouragée par une législation peu contraignante

En France, l’article L124-6 du code forestier fixe une obligation de reconstitution du peuplement au plus tard à 5 ans après une coupe rase.

Les documents cadres au niveau régional (Schéma Régional de la Gestion Sylvicole et Schéma Régional d’Aménagement) ne fixent aucune préconisation claire et contraignante

Il est   urgent d’encadrer ces pratiques afin de mesurer les conséquences néfastes des prélèvements brutaux sur les sols forestiers, la biodiversité et le paysage.

La France pourrait faire le choix de définir une surface maximale à partir de laquelle les coupes rases seraient interdites, comme en Autriche.

Conscient de l’impact économique sur notre territoire, il faut un accompagnement de l’ingénierie pour conseiller les propriétaires et exploitants forestiers.